Ma meilleure amie. .. la démence !

Il y a des moments où la réalité est tellement atroce, que l’esprit se réfugie dans la démence.

Au lieu de sentir sur ses paupières peser le voile de la mort, luttant avec effort, aux affres du trépas que notre œil perçoit encore, je préfère que ce soit mon esprit qui ne voit pas.

Je tâtonne au hasard depuis des jours sans nombre, à chaque pas que je fais je suis forcée de m’arrêter, et bien loin de percer ce réseau d’ombres, je peux à peine l’écarter.

Parfois mon désespoir confine à la démence, je m’agite, je m’égare au sein de l’Inconnu, toute prête à se jeter dans mon angoisse immense, sur le premier flambeau venu.

La Foi me tient la main en me disant : « J’éclaire! Tu trouveras en moi la fin de tes tourments « . Mais moi la repoussant d’un geste de colère, ai déjà répondu : « Tu mens! ».

« Ton prétendu Flambeau n’a jamais sur Terre apporté qu’un surcroît d’ombres et de cécité  »

La science à son tour s’avance et m’appelle. Ce ne sont entre nous que veilles et labeurs. Eh bien ! Tous nos efforts à sa torche immortelle n’ont arraché que les lueurs. Sans doute elle a rendu nos ombres moins funèbres ¡ un peu de jour s’est fait où ses rayons portaient¡ mais son pouvoir ne va pas jusqu’à chasser des ténèbres les fantômes qui me hantaient. 

Et l’homme est là, devant une obscurité vide, sans guide désormais, et tout au désespoir de n’avoir pu forcer, en sa poursuite avide, l’Invisible à se laisser voir.

Rien ne me guérira du mal qui me possède dans mon âme et dans mon sang, il est enraciné et le rêve divin de la lumière obsède à jamais cet aveugle-née.

Qu’on ne me parle pas de quitter ma torture. Si j’en souffre, j’en vis; c’est là mon élément; et vous n’obtiendrez pas de cette créature qu’elle renonce à son tourment.

De la lumière donc ! Bien que ce mot n’exprime qu’un désir sans espoir qui va s’exaspérant. A force d’être en vain poussé, ce cri sublime, devient de plus en plus navrant.

Et, quand je m’étendrai, le vieux soleil lui-même frissonnera d’horreur dans son obscurité, en m’entendant sortir, comme un adieu suprême, des lèvres de l’Humanité. 

 

 

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