La cigarette et moi… une liaison dangereuse !

Elle parcourait le petit jardin et ses cendriers sous mes yeux ébahis.  Elle cherchait en vain une cigarette laissée à l’abandon ou un simple mégot qui lui offrirait encore quelques lentes inhalations de fumée. Mais rien. C’est à ce moment que je me suis rendue compte que le tabagisme était un esclavagisme! Le tabac est une plante certes assez prisée « qui ne manque pas de chique », mais que l’on prend souvent à la blague. Mais là, elle souffrait de son infortune et se désespérait.

Article 1: le tabac est un poison.

Article 2: tant pis.

Je finis par lui tendre une cigarette. Et non, je ne suis pas « mégoïste », soit une fumeuse cupide que l’on ne verra jamais tendre une cigarette à ses amis, encore moins à une étrangère. Et aussi mauvaises que soient les cigarettes pour la santé,  elle offrit une occasion de contact humain sans équivalent. Elle me remercia plusieurs fois et commença à discuter presque à en laisser la cigarette se consumer lentement. La cigarette aux lèvres d’une femme lui sied autant qu’une dent en moins à son sourire ! La cigarette embrasée, elle se détourna de moi et disparut. Le tabac est vraiment l’herbe la plus souveraine et la plus précieuse que la terre n’ait jamais offerte à l’homme! Je pensai qu’elle m’avait menti, qu’elle n’avait pas dit son vrai nom. Le mensonge est, comme le tabac et les allumettes, monopole d’États. De toute évidence cette femme fumait de trop (vous avez parfaitement le droit de dire qu’un fumeur fume de trop s’il fume votre tabac!)

Moi j’avais commencé à fumer très jeune. On fumait avec les copains dans nos cabanes des cigarettes ou même des cigares subtilisés à nos parents. Le tabac, dit-on, c’est comme les femmes: quand on n’a jamais goûté à ça, on n’en a pas envie. Ce que j’en dis moi c’est que l’amour est comme une cigarette. Ça brûle et ça monte à la tête, ça pique aux yeux, ça fait pleurer et ça s’envole en fumée.  Et la fumée sort de la cigarette, mais elle ne retourne jamais dedans. On ne peut pas revenir en arrière. C’est pour ça que c’est dur de choisir. Il faut faire le bon choix. Tant que l’on ne choisit pas, tout reste possible. Aussi la culpabilité est comme la cigarette, elle tue lentement mais sûrement. L’absurdité est un plaisir fugace, me dis-je alors en allumant la troisième cigarette du matin. Je la fumai  en riant tout en sachant qu’elle était nocive. Selon Jean-Pierre Rives : « ce serait beaucoup mieux si, à chaque cigarette, le fumeur avait un morceau de doigt qui tombe. Au moins, il prendrait véritablement conscience des méfaits du tabac ».

Mais il m’était encore difficile de choisir. Non, je ne trouvais point de différences à prendre du tabac et à vivre d’espérance car l’un n’est que fumée et l’autre n’est que vent. Molière dans Dom Juan clâmait : « qu’il n’est rien d’égal au tabac: c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre ».

À ce moment là, un joggeur passa devant moi. Je croyais bien que cela faisait au moins une bonne heure qu’il courrait. Moi je serais inapte, complètement désarmée. J’avais choisi les cigarettes, un paquet de tiges à cancer pour les accrocs. Tout ce que l’on doit savoir de la vie est d’ailleurs sur le paquet: une de tes personnalités est séduite par l’illusion de grandeur du paquet doré de King size avec un blason royal, une allusion séduisante au luxe et à la richesse.  La suggestion subtile que la cigarette est ton amie loyale et royale. Et ceci n’est qu’un mensonge. Ton autre personnalité t’alerte sur l’argument contraire écrit en noir et blanc tout moche sur le paquet.  L’avertissement dit que ces soldats de la mort essaient en fait de te tuer et ça c’est la vérité.  La beauté invite à la mort et j’étais accroc à la douce tonalité de sa sirène. Ce qui est doux devient amer et ce qui est amer devient doux. On aime la douceur amère, on aime la mort, c’est pour ça que moi j’aimais cette drogue.

Maintenant je décidai d’écraser ma cigarette encore fumante. Il est vrai que « la cigarette est la prière de notre temps » comme le pense Annie Leclerc. Dans les épreuves cruciales, la cigarette nous est d’une aide plus efficace que les évangiles. Mais comment ai-je pu oublier les méfaits du tabac sur la santé  après avoir perdu notre précieuse A. il  y avait déjà deux années de cela ? Reprends donc le tabac et laisse moi mon stylo. Y a pas moyen que je m’arrête ;  j’ai envie d’écrire comme tu as envie de cigarettes. 

Une Réponse à “La cigarette et moi… une liaison dangereuse !”

  1. Liloum33 dit :

    Une grande pensée pour toi Anna. Tu nous manques.

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