Comment pardonner l’impardonnable ?

Je pense que je n’ai pas encore réussi à pardonner véritablement. A ces geôliers, à ces amis qui ne se sont rappelés de vous, ces gens sur qui vous comptiez et qui vous ont fait défaut, ces personnes que vous aimiez et que vous avez entendu dire les pires horreurs. Comment réussir à pardonner de si profondes blessures ? Il y a beaucoup de choses à pardonner.

Avec l’évolution du développement personnel, savoir pardonner est devenu une vertu démocratique, bonne pour la santé: « C’est ne pas ajouter à la souffrance de la violence subie, la souffrance de la rumination de cette souffrance, tellement intériorisée qu’on finit par se faire souffrir soi-même,  » résume le psychiatre Christophe André. C’est aussi rendre possible la poursuite d’un lien, quand celui qui a blessé est quelqu’un que l’on aime. Mais voilà, on ne pardonne pas sur injonction. Et pardonner n’est pas juste tourner la page, ni oublier. C’est certes, une manière de « se séparer de sa souffrance », mais pas forcément la seule. Mais la voie du « non-pardon » à ses adeptes aussi.

La reconnaissance, voilà ce qu’il me manque. Je n’ai jamais pu m’exprimer. Pardonner, c’est la possibilité de regarder l’autre sans haine. Si un jour, je pardonne spontanément c’est juste pour rester un être humain. Comment savoir si ce pardon est réel, ou si ce n’est pas juste une façade, si je ne me trompe pas moi-même. Et c’est une question fondamentale, en effet. Car on dit qu’il faut en parler et moi je ne peux pas en parler. Mais peut-être l’écrire. Ce n’est pas possible, ce n’est pas moi qui ai agi comme ça. Mais lui. Je n’arrive pas à lui pardonner pour tout ce qu’il s’est passé aujourd’hui et je sais que cela me fait du tort. Lui pardonner comme ça, ce serait comme une absolution. Il faut que du temps passe. Je suis à vif !

Alors je vais tout vous raconter. Peut-être que cela va m’aider à y voir plus clair (?). Tout d’abord cela fait des jours que je suis malade. Mais quelle belle maladie ! Des nausées, des vomissements à cause de « bébé », qui pour moi se fait si réel. Ensuite pas de bonjour, ni même un regard, de l’un de ses fils devant lui. Tout est normal. Je fais partie du décor ! Et pourtant j’ai envie de crier bien haut que je pourrais être la mère de leur petit frère ou de leur petite sœur. Mais ça aussi, ça m’est interdit. Car le père du bébé veut une I.V.G. et ne reviendra pas sur sa décision. Vit-on une sorte d’amour non-réciproque ? Il a des excuses. Mon état de santé qui est des plus fragiles et qui vient tout gâcher. Mais il ne me laisse aucune chance de me réjouir de la situation. Et pour finir, c’est avec une autre qu’il prépare notre plat préféré. Ce plat qui a tant d’histoire pour nous. Et j’ai vu jouer devant moi la scène de la famille parfaite partageant ce repas « divin ». Et moi, j’étais là pour regarder. Et entendre les rires et les compliments de mon concubin sur le repas servi. Je me suis sentie tellement mal ! Est-ce que je serais jalouse de ce que je ne pourrais jamais avoir? Une famille, heureuse et unie ? Une famille bien à moi. La force de jouer à la parfaite femme de maison. Je crois avoir accepter beaucoup lorsqu’elle a entreprit de s’occuper du linge de la famille. On se sent toute petite dans ce cas-là.

Je n’arrive pas à pardonner. Mon pardon, je lui aurait accordé s’il me l’avait demandé. Mais il ne comprend rien. Il ne veut vraiment rien voir. S’il me l’avait demandé, mais il ne l’a pas fait. Ce genre de situation surréalistes ont tendance encore à me culpabiliser. Je n’arrive pas à pardonner à l’homme que j’aime de vivre avec une autre femme et de partager avec elle tout ce qu’il devrait partager avec moi. C’est comme s’il préférait être sur la terrasse, en sa compagnie, à fumer sa précieuse clope ! Je vis au quotidien cette forme de ressentiment. Quand j’étais petite, on allait à confesse et un « pater » plus tard, on était pardonnée. Avec les enfants, on dit : « Dis-moi pardon, on fait un bisou et c’est fini. Avec l’âge, les choses se corsent. Madame de Staël disait: « Pardonner, c’est comprendre ». Je ne suis pas d’accord. Je ne comprends pas comment un homme qui parlait d’avoir un bébé avec moi à sa « belle-maman » il y a quelques mois ait pu changer d’avis aussi vite. A moins qu’il soit en désamour avec moi ? Quoi de plus beau que d’avoir l’enfant de l’homme que l’on aime ? Quoi de plus effrayant que de se lever à côté d’un inconnu ?

Une Réponse à “Comment pardonner l’impardonnable ?”

  1. Françoise dennilauler dit :

    Bien exprimé, d’une justesse hélas effroyable.
    La Belle-Maman c’est moi.
    Depuis, sur l’ une échelle de 1 à 10, je suis à Zéro.
    Ça ne m’empêche pas de dormir.
    Bien relatées tes émotions ma fille.
    Si j’ai la nausée, c’est de découvrir de vrais visages.

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