Morphée

Je tâche de faire de ma vie un rêve et de mes rêves des réalités. Même si parfois je préfère rêver mon âme que de vivre ma vie. Car les rêves ont rarement une vie longue, mais ils l’ont intense. Que la vie soit frénétique, vive et immodérée telle un songe. Ainsi je réfléchis sur ce que c’est de vivre : je rêve ma  vie. Quant au rêve, il est mon refuge, la reliure du livre de ma vie, la démesure même. Parfois il est transfuge, dissident. Il trahit mes plus intimes pensées, les tréfonds de mon âme. Il te fait apparaître, toi, mon aimé. Et je fonds dans tes bras pour le reste de la nuit. J’aime à t’aimer et je rêve que tu m’aimes en retour. Quelle douce pensée ! Quel délicieux moment !

Aussi il trahit ce qu’il y a de plus profond en moi, même mes craintes, mes peurs et mes terreurs. Que tu disparaisses, que tu ne sois plus à moi m’effraient tellement. Que tout soit simple nuée! Et que s’ouvrent alors mes yeux pour que ce rêve affreux prenne fin. D’ordinaire, les rêves nous aident à nous défendre contre nos inquiétudes. Mais, dans ce cas précis, ils s’en nourrissent et les entretiennent. Et pourtant ils me me sont chers, car ils sont très souvent fous, alors même que les réveils sont tristes. Ne dit-on pas que la fuite à l’égard du rêve est le réveil ?

Il est donné à peu de saisir leur rêve dans cette vie. Je fais partie de ce brin de femmes, qui rêve de l’être aimé et qui peut se permettre de l’aimer dans la vie. Imperceptiblement tu hantes mes jours et mes nuits mon chéri. J’ai une chance laconique et en suis consciente. Freud écrivait que « chaque rêve qui réussit est un accomplissement du désir de dormir ». Pourtant dormir je ne veux. Je préférerais passer mes nuits la plume à la main pour t’écrire tout ce que tu es pour moi. Mais la fatigue guette et a raison de moi. Seul le rêve peut te rendre à moi. Il n’y a donc entre ma vie et mes rêves aucun abîme ressenti. Tu es tout le temps avec moi mon Amour. Même si dans mon rêve, c’est une ombre qui apparaît. Celle-ci a ton odeur, connaît tes gestes te connaît parfaitement.

En outre, les rêves sont parfois les avant-coureurs du désir. Mais que désirer de plus qu’être avec toi ? Oui, c’est vrai que mes rêves comblent ton absence. Tu me fais défaut, tu me manques. Ton éloignement est rapprochement la nuit. Ta défaillance n’est qu’un souvenir lorsque se ferment mes yeux. Dans leur développement les rêves respirent; ils ont des larmes, des tourments, et sont susceptibles de joie; ils laissent un poids sur les pensées de notre réveil, ils enlèvent un poids   aux fatigues de notre veille.

Grégoire Lacroix affirme que « l’on ne meurt pas d’une overdose de rêves ». Je n’aurai alors de cesse de t’y mettre en scène mon adoré. Même si tu m’as souvent reprochée de trop partir au pays de Morphée, c’est toujours à toi qu’ils sont dédiés. Aimons la vie par la beauté de nos rêves. Ils sont la littérature du sommeil.

Une Réponse à “Morphée”

  1. Françoise dennilauler dit :

    C’ est beau, royalement écrit.
    Respect Aurélie.

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