Mirage

Amal chevauchait fièrement à travers la plaine. Il avait traversé le désert de Lout, puis atteint le lac Bakhtegan et fait étape à Persepolis. Il tenait en ses mains une lettre qu’il devait remettre au Sha’Abbas II, prouvant qu’une insurrection était en marche.
Amal, était un homme d’une trentaine d’année. Il avait la carrure d’un guerrier, ses bras étaient musclés. La douceur de son visage était presque surprenante en rapport à la puissance qu’il dégageait. Ses yeux d’un bleu azur, lui donnaient une beauté surnaturelle.
Son front assez haut, laissait apparaître quelques mèches de cheveux noirs et bouclés. Au-dessus, un bandeau assez large était noué autour de sa tête. Il portait fièrement la kirbâsiâ, cette coiffe de forme cylindrique, des guerriers persans.
Il commençait à avoir très soif. C’est alors, qu’il aperçut une oasis à une centaine de mètres de lui. En espérant que sa vue ne lui jouait pas des tours, il accéléra sa monture. Il fit boire son cheval en premier lieu, puis se pencha pour étancher sa soif. Soudain, il se redressa et recula comme effrayé. Pour en être sûr, il se pencha de nouveau. Et là, elle lui apparut.
Son visage, dans le reflet de l’eau était celui d’une femme à la beauté incroyable. Amal n’avait encore jamais vu de femme aussi belle. Ses grands yeux noirs étaient pareils à des miroirs. Ses beaux cheveux étaient comme de la soie. Ses lèvres bien dessinées, étaient pulpeuses. La peau de son visage avait la couleur de la pêche. Malgré cette beauté, il y avait dans son regard, une frayeur inquiétante.
Amal était hypnotisé par cette image. Il voulut caresser ce visage, et l’eau se mit à bouger, laissant la place à son propre reflet.
Il se remit en selle, longeant les monts Zagros en direction d’Ispahan.
Après de nombreux efforts pour vaincre sa fatigue, il commençait à apercevoir les coupoles aux toits d’or de la capitale persane. 
En arrivant, il se dirigea vers le palais de Chehel Sotoun, traversant les étals, et la foule des nombreux marchands venus de tout le pays vendre leurs troupeaux. Les vendeurs ambulants criaient tous plus fort les uns que les autres, il y avait un tel brouhaha, qu’on avait du mal à les comprendre.
Puis Amal aperçut le palais aux quarante colonnes.
Les gardes à l’entrée l’arrêtèrent. On lui signifia que Djamila, la fille du Sha se mariait et qu’il n’avait pas d’invitation. Alors il leur dit que le Sha était en danger, et qu’il avait un document qui apportait la preuve de ses dires. 

— Je dois remettre le document en main propre au Sha et démasquer le traître.
A ces mots, les gardes le laissèrent passer.
Amal traversa les jardins bordés de fontaines, et entra dans le palais, Puis, il se dirigea vers la grande salle d’audience où se tenait le mariage. La salle était immense, elle était couverte de trois coupoles, dont les plafonds étaient peints de motifs ornementaux, dont les couleurs dominantes étaient le bleu marine, le bleu cobalt, le rouge écarlate, et l’or. Il y avait une foule énorme, de la musique et des danseurs. 
Amal aperçut la fille du Sha. Elle avait une robe d’une blancheur éclatante, on aurait dit qu’elle captait toute la lumière ; Il ne distinguait pas bien l’heureux élu. Soudain, la princesse se retourna comme si elle avait été attirée vers lui. C’est alors qu’il aperçut son visage et reconnu immédiatement, celui du reflet de l’eau. Il pouvait lire l’inquiétude qui régnait dans son regard. L’homme qui la tenait par la main se retourna également, et Amal reconnu l’imposteur. Il allait épouser la fille du Sha et ensuite prendre sa place.
Amal s’élança vers le couple, et se prosterna devant le Sha. Abbas II fut tout d’abord étonné. Les gardes intervinrent pour repousser l’étranger.
— J’apporte sous ce pli, la preuve qu’un complot se prépare contre vous.
Puis il se retourna et dit :
— Cet homme en est l’instigateur.
Un brouhaha emplit la salle. 
Le sha fit un geste afin d’éloigner les gardes et fit un signe à Amal pour qu’il approche. Puis il lut la missive. Puis il dirigea son regard vers le traître qui tenta de s’enfuir, en vain.
— Attrapez-le, et qu’on lui coupe la tête ! ordonna le Sha.
Djamila, dont le visage s’illumina soudain, se jeta dans les bras d’Amal.
— Tu es celui que j’attendais lui dit-elle, j’ai longtemps rêvé de toi, tu es enfin arrivé.
Devant la joie rayonnante de sa fille, le Sha ordonna que le mariage ait lieu.
Un peu plus tard, Amal raconta son voyage et le reflet qui lui était apparu dans l’eau.
Djamila, ne comprenait pas grand-chose à son histoire, mais elle riait de bon cœur.
Amal était sorti dans le jardin et apercevant une fontaine se dirigea vers l’eau. Il se pencha, et aperçu le visage de sa femme. Il était serein, et elle lui souriait. Il se frotta le visage et s’aspergea d’un peu d’eau.
Il rentra dans la salle auprès de son épouse.
— Où était tu passé ? demanda Djamila ?
— J’avais rendez-vous avec un mirage !
Et, ils se mirent à rire tous les deux de bon cœur.

                                                                                                                                 JARO

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