« La vieillesse n’est autre chose que la privation de folie, l’absence d’illusions et de passion » Stendhal

Jeunesse oblige et vieillesse affranchit, c’est la loi du respect intergénérationnel ! Voilà la raison qui me pousse à vous écrire ce texte.

La vieillesse, c’est le temps où l’on ment beaucoup moins et obéit presque plus. J’ai récemment fait la connaissance de Jojo, 78 ans. Un caractère aussi fort que celui de « Tatie Danielle », mais sous lequel se cache une sensibilité à fleur de peau. Elle est très hardie et entière, souriante et pleine d’humour, mais altérable , et certains ne se sont pas gênés pour l’ébranler au plus haut point. Quelle honte ! Jojo en a pleuré toutes les larmes de son corps et n’a pas pu fermer l’œil la nuit précédant l’altercation, l’humiliation publique qu’elle a dû essuyer.

Nous nous devons tous d’être obligés, reconnaissants et révérencieux envers nos aînés, qu’ils fassent partis ou non de notre cocon familial. Car les conseils avisés de la vieillesse éclairent sans échauffer, comme le soleil d’hiver. Jean-Rochefort clamait à tort que « le mot vieillesse s’entendait comme un repli sur soi-même qui pousse à haïr tout le monde ». Peut-être le vivait-il ainsi ? Il y a d’ailleurs forcément une bonne raison à cela. Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait… Et si maturité voulait… Nous nous en porterions beaucoup mieux. Mais il y a ceux qui ont déjà fait l’expérience de la vie, et ceux qui vivent dans l’ignorance, et au lieu d’écouter attentivement les conseils de nos doyens, s’en prennent inconsciemment à eux en les traitant de personnes séniles et en les traînant, malgré leur grand âge, dans la boue. Je comprends alors que le propre de la vieillesse soit de plaindre le présent, de vanter ou d’être nostalgique du passé , et de craindre l’avenir.

Dans ce jardin de la vieillesse s’épanouissent les fleurs que nous aurions à peine songé cultiver autrefois. Ici fleurit la patience, une plante noble. Nous devenons paisibles, tolérants, et plus notre désir d’intervenir, d’agir diminue, plus nous voyons croître notre capacité à observer, à écouter la nature aussi bien que les hommes. Nous laissons leur existence se développer devant nous sans éprouver aucune volonté critique, avec un étonnement toujours renouvelé face à leur diversité. Parfois nous ressentons de l’intérêt et un regret  silencieux, parfois nous rions avec un enthousiasme limpide, avec humour. C’est exactement le cas de « mamie René » et de « mamie Perles », deux belles rencontres qui me marqueront au fer rouge par leur sourire indéfectible et leur humour impérissable. Quelles charmantes compagnies et quelle chance j’ai eu de croiser leur chemin !

L’enfance et la vieillesse se ressemblent. Dans les deux cas, pour des raisons différentes, on est plutôt désarmé. A nous de prendre nos responsabilités et de les choyer comme elles le méritent. Car la roue tourne, et un jour prochain, l’ancien ce sera nous ! Selon Albert Camus :  » A la fin d’une vie, la vieillesse  revient en nausées. Tout aboutit à ne plus être écouté ». En revanche, Jules Renard pensait au contraire  que  » la vieillesse, c’est quand on commence à dire: « Jamais je ne me suis senti aussi jeune »". En définitive, la vieillesse devrait brûler et se déchaîner à la tombée du jour; rager, rager contre la lumière qui meurt. Car malheureusement, de nos jours, c’est elle qui paye les erreurs de jeunesse. Le secret d’une bonne vieillesse ne serait-ce pas d’autre que la conclusion d’un pacte honorable avec la solitude ? En voilà une idée cruelle ! Elle est contradictoirement un monde que l’on découvre de l’extérieur, dès lors que nos parents et nos amis en franchissent le seuil.

La vieillesse permet éventuellement de retrouver le bonheur d’être soi-même. Personne ne peut plus avoir la tentation d’être un autre. Les clés sont jetées. Les émotions troubles qui nous ont traversées, comme la préoccupation de paraître, la possession ou l’ambition, s’atténuent à mesure que s’éloignent les âges de la vitalité et de la vanité. C’est alors que beaucoup découvrent, mais il est souvent trop tard, que la merveille est dans l’instant.

Chères Jojo, mamie René et mamie Perles, surtout, ne changez rien. Vous êtes des rayons de soleil au milieu de la grisaille environnante. Mon respect pour vous est immensurable et inextinguible.

Enfin… une dernière pensée pour mes chères mémère Fifine et mamie Marie. Même si vous n’êtes plus auprès de nous, vous vivrez à jamais dans notre coeur.

2 Réponses à “« La vieillesse n’est autre chose que la privation de folie, l’absence d’illusions et de passion » Stendhal”

  1. DENNILAULER Françoise dit :

    Trés joli texte.
    Le respect n’ est plus de mise envers  » les anciens.  »
    J’ en fais partie et ça me donne plutôt une légèreté quant aux événements.
    Un détachement progressif.
    Cette dame de 78 ans est tombée dans les mailles d’ un filet aigri, comme dans « Tatie Danielle « .
    Je comprends son chagrin, pauvre petite dame.

  2. Liloum33 dit :

    Bonjour Fanfan… je lui ai offert une jolie plante fleurie pour qu’elle retrouve le sourire !

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