Refuser d’aimer par peur de souffrir est comme refuser de vivre par peur de mourir

« Je t’ai aimée la première fois que je t’ai vue. Il y a 20 ans, au lycée. Je crois que j’avais 17 ans. Mais j’avais tellement peur de ce que je ressentais, tu sais, aimer, s’engager. Cela m’a pris deux décennies avant de te parler… Et voilà ».

De mon côté, cette année j’ai rêvé de trouver l’amour, de plonger mon âme dans une autre, réveiller un coeur anesthésié par peur de souffrir. Alors dans ce cas, nous sommes deux! La peur de souffrir n’est pas une peur mais une vérité qui confirme notre souffrance. Connaissez-vous l’histoire du chien qui court après les trains ? Eh bien, il court après, mais il serait bien embêté d’en attraper un. Quelque fois, nous, les hommes et les femmes, c’est la même chose. On rêve d’aimer quelqu’un et quand il ou elle est là sous nos yeux, on hésite. Il y a l’amour et il y a la peur. La peur d’aimer. En fait, on n’a pas tant peur d’être aimer que d’être rejeté(e). L’amour craint le doute, cependant il grandit par le doute et périt souvent par la certitude. Mais selon William Shakespeare :  » Lorsque l’amour est grand, les plus petits soupçons deviennent craintes » (Hamlet). Rêve sans crainte amour dans mon coeur, que seule ta plainte soit ton bonheur. Certes la crainte, inspirée par l’amour, est un instrument infaillible pour manier l’esprit des hommes. Néanmoins, ne faut-il pas avoir eu la crainte de perdre un amour ou de l’avoir perdu, pour en connaître tout le prix ? Romain Rolland affirme d’ailleurs « qu’il n’y a ni crainte, ni aucun intérêt, où il n’y a qu’amour pour l’amour de l’amour! » Oui, les plaisirs de l’amour sont toujours en proportion de la crainte: crainte de l’abandon, crainte du rejet, crainte d’être encore brisé(e).

Approchons du ciel comme nous approchons de l’être aimé; que l’amour domine la crainte. L’amour est un enfant, nu, sans fard et sans appréhension. Dans Amour sans amour, Serge Gainsbourg chante « L’amour au hasard d’un regard, t’a effacé de ma mémoire, il ne reste rien, je le crains, que ronces mortes sans parfum ». Lorsque je t’ai rencontré, j’ai connu les affres de l’incertitude et toutes mes cicatrices se sont réveillées. Mais je t’ai donné ta chance et je me suis laissée bercée par le charme de la situation. Et si, et si, et si… tu étais différent ? Si tout était autre à tes côtés ? Le spectre de l’effroi me guettait, telle une ombre me suivait, mais j’ai voulu croire en toi Y. Au début, quand nous aimons vraiment quelqu’un, la plus grande peur, c’est que celui que nous aimons cesse de nous aimer. Ce que nous devrions redouter, c’est que nous cessions de l’aimer. Personnellement, j’ai toujours eu la souleur que tu ne m’aimes jamais vraiment. Tes doutes sont devenus mes doutes et tes craintes mes craintes. Je n’ai rien dit. J’ai préféré garder le silence. La torpeur et la réticence furent mon refuge. Alors ce poème me revint :

« Que la peur dans tes yeux

Fasse monter l’acide

Jusqu’aux bords de tes lèvres

Aussi noires que la nuit

Qui nous emmène au large

Sur des terres sacrées

Où l’on aime à saigner

Où l’on aime à s’aimer »

(Damien Saez)

La haine, au fond, n’est-elle pas la peur d’aimer ? Car j’ai effectivement peur de ton regard qui scrute et qui m’observe, j’ai peur de ta présence, j’ai peur de ta beauté, j’ai peur de tes mains et j’ai peur de t’aimer. Alors qu’ouvertement, je devrais vouer mon coeur à la terre grave et souffrante, et souvent, dans la nuit sacrée, lui promettre de t’aimer, sans peur, avec ton lourd fardeau de fatalité et de ne mépriser aucune de tes énigmes!

C’est trop d’aimer, tu me fais peur.

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